Mis à jour le 20/03/2020

Introduction

Le précédent article (partie 4) à présenté les simulateurs d’amplificateurs de puissance, très intéressants pour obtenir plus de réalisme lors de l’utilisation de préamplificateurs avec un chargeur de réponses impulsionnelles, que ce soit avec une pédale de préampli, de distorsion ou de la sortie préampli d’un amplificateur de guitare.

Si vous ne disposez pas d’ampli à lampe ou si vous ne connaissez pas la signature sonore des lampes de puissance, il peut être assez difficile de commencer à utiliser ces simulations : sans point de départ ou de référence, et en tant que débutant, l’apprentissage de la mise en oeuvre de cette partie simulation n’est pas si simple. Au final, ce n’est peut-être pas si important, car c’est le résultat sonore que vous recherchez qui compte et vous pouvez toujours régler la simulation de manière empirique, par tâtonnement. Toutefois pour les débutants, les curieux ou les puristes je vous propose dans cet article d’utiliser des réponses impulsionnelles d’un genre un peu particulier : des IRs reproduisant la réponse sonore des sections d’amplificateur de puissance. En fin d’article, nous aborderons une option supplémentaire pour colorer le son et aller vers un rendu encore plus réaliste : le module exciter de Wall Of Sound.

Power-amp IR : a quoi ça sert ?

A plusieurs choses : 

  • a obtenir plus de réalisme, en utilisant la « vraie » signature d’un ampli à lampe
  • a observer le résultat obtenu et comprendre l’impact de de cette partie sur les sons obtenus
  • a obtenir un point de référence pour vous aider à régler vos simulations d’ampli de puissance ou à égaliser vos IRs

Dans les exemples audio suivants, on utilise la section de puissance 6L6 d’un ampli Peavey 6505 avec la resonance réglée à 60 et la présence réglée également à 60, une OD9 en entrée et une pédale Revv G3 utilisée en préampli. Le micro de la guitare est un DiMarzio Dominion, tuning drop C#. La réponse impulsionnelle est basée sur un cab Zilla Fatboy, chargé avec un WGS Veteran 30 et enregistré avec un SM57 en position 09_25 : voir l’explication sur les positions ici.

Revv G3 et réglage utilisé

La réponse impulsionnelle du cab est chargée dans Wall of Sound :

IR Overdriven WGS 30 Fatboy, HPF à 99 Hz

Dans le premier sample (sample 1), la chaine du signal est : OD9 -> Revv G3 -> Peavey 6505 Power Amp R60P60-> Torpedo Reload -> Logic Pro X -> IR Fatboy Vet30.

Sample 1

A titre de comparaison, le sample 2 élimine le Peavey et la pédale Revv G3 est envoyée directement dans la carte son : OD9 -> Revv G3 -> Logic Pro X -> IR Fatboy Vet30

Sample 2

On entend sur ce sample 2 un signal plus sec, avec moins de résonance. En l’écoutant sur un dispositif assez neutre ou transparent, on remarquera un coté plus artificiel et plat (attention aux HP d’ordinateurs et autre oreillettes).

Sur le sample suivant (sample 3), on charge un loader supplémentaire avec une IR capturée sur la section puissance du Peavey, avec les mêmes réglages de résonance/présence que ceux du sample 1. Ici on utilise Nadir (pour changer) en amont du plugin Wall of Sound, chargé avec l’IR 6L6 : le signal de la Revv G3 passe donc d’abord par l’IR 6L6 puis il est routé vers WOS et l’IR du cab Fatboy.

Routage en série sur 2 chargeurs
IR Power-amp sous Nadir

Et le sample audio associé (sample 3) :

Sample 3

Ce sample est légèrement plus bas en volume que le sample 1, mais le son a regagné en résonance et les aigus sont de nouveau moins synthétiques comparé au sample 2.

Alternativement, vous pouvez charger l’IR directement dans Wall Of Sound qui permet de chainer/mixer autant d’IRs que vous le souhaitez, vous devriez obtenir le même résultat. Ajuster simplement les niveaux de chaque IR : par exemple -3 db ou -2 db.

Dans le sample 4 ci dessous, on supprime l’IR power amp et on utilise la simulation 6L6 PP de Wall Of Sound : on doit pouvoir s’approcher encore mieux de l’original en réglant plus finement, mais on est déjà dans les mêmes caractéristiques que l’original. Les paramètres employés sont présentés dans l’image suivante, le niveau de sortie a été légèrement baissé pour compenser la hausse de niveau apportée par la simulation.

Paramètres de la simulation utilisée

Le sample 4 correspondant :

Sample 4

Cette technique consistant à utiliser une IR d’ampli de puissance peut donner des résultats plus ou moins probants en fonction de l’IR cab cible que vous allez utiliser et du préampli.

Les producteurs d’IRs essayent -en général- de les enregistrer de la manière la plus neutre possible, pour obtenir essentiellement la coloration enceinte/micro mais sans (trop) de coloration de la part de l’ampli utilisé pour la capture. Cela permet ensuite au caractère de votre propre matériel de transparaitre sans être pollué/déformé par une signature trop forte dans l’IR utilisée.

Les IRs disponibles sur ce site utilisent un ampli guitare (6L6 notamment) et sont donc moins « neutres »  que celles disponibles chez d’autres fournisseurs (elles ont un creux qui ressemble à l’image de la capture 6L6 de la section Exciter ci-dessous). Mais c’est aussi une question de parti pris et de finalité : pour du son saturé, cette approche peut aussi produire des résultats très intéressants. Certains fournisseurs d’IRs utilisent ou ont utilisé d’ailleurs la même approche, par exemple les IR gratuites de chez Wilkinson audio , réalisées avec un 6505+ avec et sans TS9 en frontal (« 6505+ power section with JJ 6L6 tubes »).

Quelques samples supplémentaires

Pour illustrer un peu plus l’incidence de la section ampli de puissance, voici quelques exemples supplémentaires réalisés en Drop A# avec un micro Seymour Duncan AHB1. Le signal est envoyé à une pédale Fortin Grind pour être éclairci puis passé à un préamplificateur Revv G4, puis carte son direct.

Fortin Grind
Revv G4 et réglages

L’IR utilisée est une IR Overdriven.fr de Mesa Boogie Recto 212, avec un E906 (P12).

L’égaliseur du WOS est réglé de la manière suivante (HPF à 115 HZ) :

Les exemples sont les suivants :

  • Sample 1b : Grind / G4 / IR Cab Mesa (sans ampli de puissance)
  • Sample 2b : Grind / G4 / IR 6505 Res. 60 Pres. 60 (6L6) / IR Cab Mesa
  • Sample 3b : Grind / G4 / IR 6505 Res. 60 Pres. 80 (6L6) / IR Cab Mesa
  • Sample 4b : Grind / G4 / IR 6V6 20W / IR Cab Mesa
  • Sample 5b : Grind / G4 / IR EL84 15W / IR Cab Mesa
  • Sample 6b : Grind / G4 / IR KT77 Res.50 Pres.50 / IR Cab Mesa

Sample 1b

Sample 2b

Sample 3b

Sample 4b

Sample 5b

Sample 6b

Sur des enceintes ou des casques peu transparents, vous aurez peut-être besoin de tendre l’oreille ou d’éclaircir l’exemple pour bien discerner les différences, mais elles sont belles et bien la 😉

Moralité : on constate que les amplis de puissance apportent une coloration importante au signal d’origine, avec plus de relief dans le bas du spectre (résonance) et des aigus un peu plus lissés ou “feutrés”. Bien entendu, le niveau du réglage de présence aura un impact important sur le résultat.

La capture d’écran ci-dessous illustre graphiquement la différence entre les 6L6 et les EL84 :

6L6 IR versus EL84 IR

Limitations

Cette approche ne se révèle donc pas très pratique : les IRs étant statiques, vous aurez besoin de changer d’IR pour changer le paramétrage,  bien qu’on puisse toujours manier l’égaliseur pour retoucher le rendu. Préférez donc les simulations, car elles vous permettent de paramétrer cette partie plus simplement et elles sont natives dans les solutions type Two-Notes ou Mooer gérant les IRs.

Et avec une pédale type Mooer Radar ou Cab M ? Vous ne pourrez pas chainer deux IRs comme présenté dans cet article sur la Mooer Radar car une seule IR est prise en charge. Sur le CAB M de Two-Notes vous pouvez peut-être mixer les deux IRs (pas encore testé par mes soins, mais cela se tente…).

Exciter ?

Observons le profil de la capture du power amp d’un 6505 (lampes 6L6) sous l’utilitaire de capture Apple :

Profil de la capture du power-amp 6L6 , fréquence sur l’axe X

On constate une présence plus forte dans les basses (50-200 hz environ) et une augmentation nette dans les hauts-médiums et les aigus.

En complément ou en alternative aux simulations d’amplis, on peut également mettre à profit le module Exciter du logiciel Wall of Sound de Two-Notes. Il est muni de deux contrôles qui agissent un peu à la façon des contrôles resonance et présence d’un amplificateur (le roll-off en moins, que l’on pourrait simuler par des filtres HPF et LPF).

L’exciter sur la partie basse va ajouter du corps au signal (plus prononcée sur le bas du spectre et de moins en moins au fur et a mesure que l’on monte vers 1Khz, environ) , et inversement, sur la partie haute on va obtenir une augmentation des fréquences aigues, augmentation qui va devenir de plus en plus faible en descendant vers 1 Khz.

Si vous observez à nouveau la courbe de la capture du 6505, on peut observer une certaine similarité avec le comportement de l’exciter.  Alors, évidemment , la courbe de l’exciter ne sera jamais exactement celle de l’ampli, mais l’effet que l’on va obtenir permet de colorer le son d’une manière également très intéressante. 

Revoici donc l’exemple (Sample 5) de notre pédale G3 utilisant la même IR d’enceinte que précédemment mais cette fois-ci sans IR d’ampli de puissance ou simulation d’ampli mais avec l’exciter enclenché (basses à 46% et aigus à 8%).

Paramètres de l’exciter dans WOS

Sample 5

N’en déduisez pas qu’un 6505/6L6 se simule avec un exciter réglé comme dans cet exemple (c’est un 6505 donné et c’est dans le cadre de l’utilisation d’une IR donnée). L’exciter peut toutefois constituer une alternative ou un complément simple aux simulations d’ampli, et être assez efficace avec certaines pédales de préampli. Bien entendu, rien ne vous empêche d’utiliser simultanément la simulation d’ampli de puissance et l’exciter afin d’obtenir le son souhaité, bien au contraire !

Ci dessous, une copie de l’égaliser de Logic Pro, en blanc le canal gauche, la droite étant représentée en rouge. La même IR est utilisée, exciter basses à 50% et exciter aiguës à 50% sur le canal droit (rouge):

Exciter 50 % en rouge, blanc : exciter off

Le dernier sample (Sample 6) reprend le sample 1 sur le canal gauche et le sample 5 sur le canal droit.

Sample 6

Un contrôle similaire existe sous Nadir (2.x) pour la partie basse : il s’agit du contrôle résonance qui vous permettra de mettre du relief sur les basses.

Le controle de résonance sous Nadir

Conclusion

Si vous recherchez plus de réalisme ou d’authenticité (!) vous pouvez mettre à profit cette technique avec un ordinateur et une STAN ou avec un chargeur hardware supportant deux IRs. 

Si vous êtes débutant et que vous recherchez des points de repères, vous pouvez expérimenter avec ces IRs sur votre propre matériel et comparer ces résultats avec vos réglages de simulation. Vous retrouverez ces IRs 6505 en téléchargement très prochainement. 

Alternativement ou en complément des simulateurs,  vous pouvez mettre à profit l’exciter pour peaufiner vos sonorités, donner du coffre à des IRs un peu trop “légères”, ou au contraire insuffler de la vivacité sur le haut du spectre pour des IRs un peu trop “flat”.

Autre piste :  vous pouvez aussi tester le pack gratuit God’s cab de Wilkinson audio , basé sur l’emploi d’un 6505+ pour observer les différences de tonalité par rapport à des IR plus neutres (IRs d’enceintes réalisées avec différents réglages de présence sur l’ampli) : https://wilkinsonaudio.com.

Addendum : utiliser les POWER AMP IRs

Si vous voulez expérimenter ces IRs particulières, je vous recommande les configurations suivantes :

Pour les guitaristes utilisant des pédales de distorsion ou préampli :

  • Guitare -> overdrive -> preamp ou pédale de distorsion -> carte son
  • Dans votre STAN :
    • Un chargeur de réponses impulsionnelles pour l’IR ampli de puissance (je vous conseille Nadir dans ce cas : les filtres HPF et LPF vous permettront de tweaker rapidement l’IR, un peu à la façon des contrôles résonance et présence des amplis)
    • Puis votre chargeur d’IR d’enceintes de guitare favori, avec sa simulation d’enceinte éteinte et ce afin de ne pas doublonner l’effet.

Pour celles et ceux qui utiliseraient des simulateurs logiciels, et qui rentrent dans leur carte son directement en DI :

  • carte son DI
  • Simulation d’overdrive si nécessaire
  • Simulation d’ampli ou de préamplificateur avec power-amp ETEINT
  • Un chargeur d’IR pour le power amp (même recommandation que ci-dessus)
  • Puis votre chargeur d’IR d’enceintes de guitare favori, avec sa simulation d’enceinte éteinte et ce afin de ne pas doublonner l’effet.

Voici, par exemple, la chaine de plugin dans une STAN avec le plugin Mercuriall U530 :

Sur le plugin Mercuriall, les sections CAB et power amp sont ETEINTS:

Les IRs power amp de notre petit pack ont été capturées avec des niveaux différents et elles ont plus ou moins de “matière” ou de “viande” : vous aurez besoin d’ajuster le volume du chargeur power-amp pour obtenir de bons résultats. L’utilisation de Two-Notes Wall Of Sound se révèle particulièrement intéressante dans ce cas : grâce au vu-mêtre d’entrée de WOS, vous pourrez ajuster facilement le volume de l’IR power amp dans Nadir. Dans mes essais, j’ai du par exemple ajuster le volume entre -1 à -2 db pour les IRs 6V6 et +3 à +4 db pour les IRs KT77. Bien entendu, cela pourra être différent dans votre cas , en fonction du plugin de simulation d’ampli et de son volume de sortie.

Il se peut que vous soyez confronté à du souffle, du sifflement dans les aigus ou encore un coté caverneux causé par trop de basses : mettez à profit les HPF et LPF de Nadir pour tweaker rapidement l’IR : par exemple 10-100 HZ pour le low-cut et 7,5 KHz pour le high-cut. Vous aurez peut être a faire aussi avec des artefacts digitaux en queue de son…. : c’est probablement la limite du process de capture et du matériel utilisé / de la résolution utilisée.

Lien de téléchargement

Vous pouvez télécharger le pack de “POWER AMP” IRs ici : https://overdriven.fr/overdriven/index.php/download/power-amp-irs/